L'éducation: Rabelais, Montaigne, Rousseau

Publié le par profmireille.over-blog.com

 

Les principes pédagogiques du Moyen-Age à Rousseau

 

C'est au Moyen-Age qu'apparaissent les premières universités qui jouissaient d'une certaine autonomie par rapport au clergé local mais dépendant de l'église.

L'enseignement se dispensait chez le maitre, dans des salles de couvent ou dans des collèges, qui n'étaient autres que des résidences pour les étudiants; le plus célèbre était celui de la Sorbonne, fondé en 1257 par un clerc, Robert de Sorbon; on y enseignait principalement théologie, matière pour laquelle le collège a gagné rapidement une renommée exceptionnelle; l'université de Paris a pris le nom de ce collège et elle bientôt devenue un grand centre culturel et scientifique en Europe dès le XIII siècle avec plus de 20 000 étudiants.

A l'université on enseignait traditionnellement la scolastique; à l'origine il s'agissait d'une discipline qui se fondait sur l'analyse des textes ( textes sacrés, ouvrage de théologie et philosophie) afin d'en comprendre le sens littéral, puis d'en donner une interprétation symbolique; bientôt pourtant cette discipline est devenue un pur exercice formel de commentaires stériles et artificiels en latin où le texte finissait par se perdre.

La pédagogie humaniste se définit précisément par son rejet de cette approche; en effet l'humaniste, à travers le filtre de sa raison, veut comprendre et juger par lui-même et revendique le droit au libre examen des textes qu'on doit débarrasser de tous les commentaires dont la tradition médiévale les avait recouverts.

S’opposant au modèle médiéval fondé sur la répétition et la mémoire, la pédagogie humaniste vise à

développer chez l’enfant ses tendances naturelles positives et à sa formation intellectuelle et morale à travers l'acquisition de la culture.

Cette pédagogie, que revendiquent Erasme (humaniste hollandais 1469-1536), Rabelais (1483-1553) et Montaigne (1533-1592), se fonde sur les les principes suivants:

  • sur le plan des apprentissages, la mémorisation n’est pas abandonnée, mais elle est utilisée comme soutien : l’acquisition des connaissances doit être réfléchie et elle doit conduire à une véritable compréhension des contenus ainsi qu’à l’élaboration d’un esprit critique;

  • sur le plan des contenus, on privilégie la lecture directe des textes anciens,où l’on voit les sources de la sagesse; (la fondation du Collège des Lecteurs royaux par François 1er - futur Collège de France -, où l’on enseigne le latin,le grec, l’hébreu, favorise cette lecture); on ne néglige pas les disciplines sportives non plus que l’hygiène, qui n’avaient aucune place au Moyen Age; on n’oublie pas l’enseignement des sciences ni celui des règles sociales;

  • sur le plan des méthodes, les penseurs privilégient un enseignement individualisé, une éducation par la douceur et une progression de l’élève, qui ne peut s'appliquer que dans le cadre d’un préceptorat : d’ailleurs, Gargantua comme Pantagruel (Rabelais) se préparent à être princes, et les Essais (Montaigne) s’adressent à la femme d’un seigneur; donc, le caractère socialement élitiste de cette pédagogie est strictement lié au contexte social de l'époque.

  • tout apprentissage doit être dominé par une exigence morale; il ne peut pas y avoir de savoir sans morale : les connaissances doivent être intégrées à l a vie morale et l’éducation doit rendre la personne meilleure (c’est là la grande différence entre les Humanistes du XVIème siècle et les Philosophes des Lumières du XVIIIème siècle: les uns et les autres s’appuient sur la science et sur la raison, mais les Humanistes donnent la primauté à la religion, alors que les Philosophes des Lumières l’attaquent au nom de la raison).

Rabelais –C'est dans l'œuvre Pantagruel ( cf la lettre que Gargantua écrit à son fils)que Rabelais expose son idéal pédagogique; il reproche aux systèmes éducatifs traditionnels, l'enseignement de la scolastique notamment, de se contenter d'interprétations au lieu de remonter aux sources et de bourrer les élèves de notions inutiles et souvent fausses; il propose un système d’éducation nouveau qui prodigue un savoir encyclopédique : c’est la variété qui stimule l’appétit de savoir; il rêve d’une connaissance universelle et totale.

Il préconise l’apprentissage des langues anciennes (le grec était interdit à la Sorbonne) pour aborder les textes bibliques.

Il critique l’enseignement purement livresque et laisse une grande part à la pratique et à l’expérimentation.

L’éducation doit former autant le corps que l’esprit. Les exercices physiques ont une large place dans son programme éducatif tout comme l'art de la chevalerie et des armes (comme Pantagruel est appelé à succéder à Gargantua sur son trône, son père lui rappelle qu’il lui faut aussi apprendre l’art de la guerre, nécessaire à la défense de son royaume).

La culture sacrée n'est pas du tout séparée de la culture profane; le savoir n’est rien sans la sagesse et le respect des devoirs moraux et religieux (Pantagruel ne doit pas seulement être parfait intellectuellement mais aussi moralement : un équilibre entre l’esprit et l’âme).


Montaigne (cf « Comment éduquer un enfant » - Essais )se montre plus sensible à la personnalité propre de l'enfant; selon Rabelais l'éducation doit viser à transformer l'élève en « un abime de science »; il demande une culture encyclopédique, universelle, totale et insiste sur la mémoire; selon Montaigne, au contraire, l'éducation doit viser à «  faire plutôt la tête bien faite que bien pleine »; il propose surtout d'éveiller l'esprit de l'élève, de créer en lui le goût et les dispositions pour appendre afin qu'il puisse penser librement.


J.J.Rousseau(1712-1778) – C'est dans l'œuvre Emile que Rousseau présente son idéal pédagogique; en cinq livres, Rousseau précepteur suit pas à pas l'éducation d' Emile, un élève imaginaire, orphelin comme lui. Son but est de l'éduquer conformément à la nature afin d'être protégé contre les dangers de la civilisation, de lui enseigner à vivre et de former un homme et un citoyen.

Rousseau est l'un des premiers à ne pas considérer l'enfant comme un adulte en miniature; il a son individualité propre et il est innocent par nature. Par conséquent, il faut le laisser s'épanouir à son rythme et adapter la pédagogie à chaque age.

De 0 à 12 ans: l'éducation négative, qui correspond à l'age de nature. Il ne s'agit pas encore de fournir des connaissances à l'enfant, mais de le laisser s'épanouir en le préservant du vice et de l'erreur et en essayant d'éveiller ses sens et sa sensibilité. Pas de discours, ni de livres, mais l'expérience et l'observation: le livre de l'homme est la nature; le rôle du précepteur est d'éveiller, de susciter la curiosité de l'élève.

A partir de 12 ans: l'éducation positive, qui correspond à l'age de la force et à l'age de raison et des passions. Le maitre guide davantage la réflexion intellectuelle toujours fondée sur l'observation du monde. Il oriente l'élève vers un métier manuel et lui donne le goût du travail. Il forme son jugement moral et religieux. Ainsi Emile peut développer les passions naturelles ( amitié, pitié) et rejeter les passion mauvaises ( ambition, haine, jalousie, orgueil).


 

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